Pourquoi est-il si difficile de se choisir ?
Dire non, poser ses limites, dépasser la culpabilité et retrouver sa juste place.
Par Magali Danjan – Thérapeute Certifiée et Fondatrice de Plumes®
Le 24/06/2026
Pourquoi est-ce que je culpabilise lorsque je pense à moi ? Pourquoi est-ce que je dis souvent oui alors que j’aimerais dire non ? Pourquoi ai-je autant de mal à poser mes limites ?
Ces questions reviennent régulièrement dans mon cabinet.
Elles concernent des femmes, des hommes, des parents, des aidants, des personnes hypersensibles, mais aussi toutes celles et ceux qui ont longtemps avancé en faisant passer les besoins des autres avant les leurs.
Certaines personnes arrivent épuisées.
D’autres sont en colère sans vraiment comprendre pourquoi.
D’autres encore ont l’impression de s’être perdues en chemin.
Elles ont passé des années à tenir, à s’adapter, à faire ce qu’il fallait faire. Elles ont appris à être fortes, fiables, disponibles et responsables. Pourtant, derrière cette capacité à gérer le quotidien se cache parfois une souffrance plus discrète : celle de ne plus savoir ce dont elles ont besoin elles-mêmes.
Beaucoup pensent alors qu’elles manquent de confiance en elles.
En réalité, elles ont souvent surtout perdu le contact avec elles-mêmes.
Pourquoi est-il si difficile de se choisir ?
Nous vivons dans une société qui valorise beaucoup le fait d’être performant, utile, disponible et capable de gérer plusieurs choses à la fois.
Pourtant, la difficulté à se choisir ne naît généralement pas à l’âge adulte.
Elle trouve souvent ses racines beaucoup plus tôt.
Un enfant dépend entièrement de ses figures d’attachement pour survivre, grandir et se développer. Il a besoin d’amour, de sécurité, de protection et de lien. Très tôt, il observe donc son environnement pour comprendre ce qui lui permet de conserver cette sécurité essentielle.
Il apprend parfois que certaines émotions sont bien accueillies et que d’autres dérangent. Il comprend que faire plaisir est valorisé, que la discrétion évite les conflits ou que prendre soin des autres est une façon de conserver sa place dans le système familial.
Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott expliquait qu’un enfant a besoin d’un environnement suffisamment sécurisant pour pouvoir développer son vrai self, c’est-à-dire sa personnalité profonde. Lorsque cet environnement ne permet pas toujours l’expression libre des émotions ou des besoins, l’enfant développe des stratégies d’adaptation pour préserver le lien.
Ces stratégies ne sont pas des erreurs.
Elles sont intelligentes.
Elles sont même souvent indispensables.
Le problème apparaît lorsqu’elles continuent à diriger nos comportements bien après que les circonstances ont changé.
Pourquoi est-ce que je dis toujours oui alors que je voudrais dire non ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes.
Certaines personnes savent parfaitement qu’elles sont débordées. Elles savent qu’elles auraient besoin de repos, de temps pour elles ou simplement de ralentir.
Et pourtant, elles acceptent encore une demande supplémentaire.
Elles rendent un service de plus.
Elles prennent une responsabilité supplémentaire.
Elles disent oui.
Puis elles se sentent épuisées, frustrées ou en colère.
Cette difficulté à dire non n’est pas nécessairement un manque d’affirmation de soi.
Elle est parfois la conséquence d’un ancien apprentissage.
Pour certaines personnes, dire non active inconsciemment la peur de décevoir, de blesser, d’être rejetées ou de ne plus être aimées.
Dire oui devient alors une manière de préserver la relation.
Le problème est que lorsque le oui est systématique, il finit souvent par se retourner contre soi.
Le corps se fatigue.
La charge mentale augmente.
La frustration s’accumule.
Et la relation à soi se détériore progressivement.
Apprendre à dire non n’est donc pas seulement une compétence relationnelle.
C’est souvent un travail profond autour de la sécurité intérieure.
Pourquoi culpabilise-t-on lorsqu’on pense à soi ?
La culpabilité est une émotion complexe.
Beaucoup de personnes pensent qu’elle indique qu’elles ont fait quelque chose de mal.
Pourtant, dans certains cas, elle peut simplement signaler que nous sommes en train de sortir d’un fonctionnement ancien.
Lorsqu’une personne commence à poser des limites, à prendre soin d’elle ou à exprimer ses besoins, elle modifie un équilibre qui existe parfois depuis des années.
Une partie d’elle peut alors ressentir de l’inquiétude.
Et si je décevais ?
Et si l’on me trouvait égoïste ?
Et si l’on ne m’aimait plus de la même façon ?
La culpabilité devient alors le gardien d’un ancien mode de survie.
Elle tente de nous ramener vers ce qui est connu.
Même lorsque ce fonctionnement nous fait souffrir.
Comprendre cela permet souvent de porter un regard plus doux sur soi-même.
Quand les mécanismes d’adaptation deviennent une source d’épuisement
Pendant longtemps, les comportements de suradaptation peuvent être perçus comme des qualités.
- Être disponible.
- Être fiable.
- Être à l’écoute.
- Être capable de tout gérer.
Ces qualités sont précieuses.
Mais lorsqu’elles ne sont jamais équilibrées par l’écoute de soi, elles peuvent devenir coûteuses.
Certaines personnes ne savent plus ce qu’elles aiment réellement.
Elles connaissent parfaitement les besoins de leur entourage mais peinent à identifier les leurs.
D’autres vivent dans un état de vigilance permanent.
Elles anticipent tout.
Prévoient tout.
Portent tout.
Et finissent par s’épuiser.
Le psychiatre Moussa Nabati a beaucoup travaillé sur les blessures émotionnelles de l’enfance et leurs répercussions à l’âge adulte. Il montre que certaines souffrances précoces peuvent continuer à influencer nos comportements, nos relations et notre estime de nous-mêmes bien après les événements qui les ont provoquées.
L’épuisement n’est alors pas toujours lié à ce qui se passe aujourd’hui.
Il peut aussi être le résultat de décennies passées à fonctionner contre soi-même.
Les émotions ne sont pas le problème
Dans de nombreux accompagnements, je rencontre des personnes qui souhaitent apprendre à mieux gérer leurs émotions.
Certaines voudraient être moins anxieuses.
Moins en colère.
Moins sensibles.
Moins envahies.
Pourtant, les émotions ne sont généralement pas le problème.
Elles sont des messagères.
Daniel Goleman, à travers ses travaux sur l’intelligence émotionnelle, rappelle que la capacité à reconnaître, comprendre et accueillir ses émotions constitue une compétence essentielle pour le bien-être psychologique.
La colère peut signaler qu’une limite a été dépassée.
La tristesse peut révéler un besoin de réconfort ou un deuil.
La peur peut indiquer un besoin de sécurité.
La culpabilité peut montrer qu’un ancien schéma est en train d’être questionné.
Lorsque nous cessons de lutter contre nos émotions, nous pouvons commencer à écouter ce qu’elles cherchent à nous dire.
Nous ne sommes pas seulement nos blessures
Pendant longtemps, les approches thérapeutiques se sont principalement intéressées aux traumatismes, aux blessures et aux souffrances.
Ces dimensions sont importantes.
Elles méritent d’être reconnues.
Mais elles ne racontent pas toute l’histoire.
Chez Plumes, cette conviction est centrale : nous ne sommes pas seulement ce qui nous a blessés.
- Nous sommes aussi nos ressources.
- Nos valeurs.
- Nos élans.
- Notre créativité.
- Nos liens.
- Nos apprentissages.
- Notre capacité à transformer ce que nous traversons.
Boris Cyrulnik rappelle que la résilience ne consiste pas à effacer les épreuves. Elle permet de leur donner un sens nouveau et de continuer à construire sa vie malgré elles.
Comprendre son histoire est précieux.
Mais l’objectif n’est pas de rester prisonnier de son passé.
L’objectif est de retrouver davantage de liberté dans le présent.
Comment apprendre à se choisir ?
Apprendre à se choisir n’est pas un acte spectaculaire.
C’est souvent un mouvement progressif.
Il commence parfois par une question simple :
« De quoi ai-je besoin aujourd’hui ? »
Cette question paraît évidente.
Pour beaucoup de personnes, elle est pourtant difficile.
Elles savent ce que les autres attendent d’elles.
Elles savent ce qu’elles doivent faire.
Mais elles ne savent plus toujours ce qui leur ferait du bien.
Retrouver ce contact demande du temps.
Cela peut passer par l’observation de ses émotions.
Par l’apprentissage de limites plus saines.
Par une meilleure connaissance de soi.
Par l’écoute du corps.
Par la capacité à demander de l’aide.
Thomas d’Ansembourg écrit que nous avons souvent appris à être davantage attentifs aux attentes extérieures qu’à nos besoins profonds. Revenir à ces besoins constitue pourtant une étape essentielle pour construire des relations plus authentiques et plus équilibrées.
Retrouver sa juste place
Au fond, la question n’est peut-être pas seulement :
« Comment apprendre à me choisir ? »
La question pourrait être :
« Comment revenir à moi ? »
Comment retrouver un lien plus apaisé avec ce que je ressens ?
Comment prendre ma place sans écraser celle des autres ?
Comment exister sans avoir besoin de mériter constamment mon droit d’être là ?
Retrouver sa juste place ne signifie pas devenir égoïste.
Cela signifie reconnaître que nous faisons nous aussi partie de l’équation.
Que nos besoins ont de la valeur.
Que nos émotions ont du sens.
Que notre bien-être mérite lui aussi d’être pris en considération.
C’est souvent à partir de cet endroit que les changements durables deviennent possibles.
Questions fréquentes
Est-ce égoïste de penser à soi ?
Non. Penser à soi ne signifie pas ignorer les autres. Cela consiste à reconnaître que vos besoins comptent eux aussi. Les relations les plus équilibrées sont généralement celles dans lesquelles chacun peut exister sans s’effacer.
Pourquoi ai-je autant de mal à dire non ?
La difficulté à dire non est souvent liée à la peur de décevoir, de blesser ou d’être rejeté. Pour certaines personnes, cette peur trouve ses racines dans des mécanismes d’adaptation développés très tôt pour préserver le lien avec les figures d’attachement.
Pourquoi est-ce que je culpabilise lorsque je pose une limite ?
La culpabilité apparaît souvent lorsque nous sortons d’un fonctionnement ancien construit autour de l’adaptation, de l’approbation ou du besoin de préserver les relations. Elle ne signifie pas nécessairement que la limite est mauvaise.
Comment apprendre à se choisir sans culpabiliser ?
Cela passe généralement par une meilleure connaissance de soi, de ses émotions, de ses besoins et de ses schémas relationnels. Un accompagnement thérapeutique peut également aider à retrouver une sécurité intérieure suffisante pour faire des choix plus alignés.
Être accompagné pour retrouver sa place
Beaucoup de personnes qui arrivent chez Plumes ne viennent pas parce qu’elles ont un problème à résoudre.
Elles viennent parce qu’elles sentent qu’elles se sont éloignées d’elles-mêmes.
Elles ont appris à être fortes, responsables, disponibles ou adaptées. Mais elles ne savent plus toujours ce qu’elles ressentent, ce dont elles ont besoin ou quelle place elles souhaitent réellement occuper dans leur vie.
Mon accompagnement individuel adulte offre un espace sécurisant pour ralentir, comprendre ce qui se joue et retrouver progressivement un lien plus apaisé avec soi-même.
Pour découvrir l’accompagnement individuel adulte :
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Pour prendre rendez-vous :
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📍 Cabinet Plumes à Auzeville-Tolosane (Toulouse Sud) et accompagnement en visio.
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Sources & références
- Donald W. Winnicott – Jeu et réalité, Gallimard.
- Daniel Goleman – L’intelligence émotionnelle, J’ai Lu.
- Moussa Nabati – Le Bonheur d’être soi, Fayard.
- Boris Cyrulnik – Un merveilleux malheur, Odile Jacob.
- Thomas d’Ansembourg – Cessez d’être gentil, soyez vrai !, Éditions de l’Homme.
- CNV Formations France
- PasseportSanté – Estime de soi et affirmation de soi
- Psychologies Magazine – Limites, culpabilité et affirmation de soi
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